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Route 66 : The Mother Road, L’Amérique en Liberté

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Grand Reportage · Road Trip Légendaire

La Route 66 : The Mother Road — L’Amérique à l’État Brut

Trois mille neuf cent quarante kilomètres d’asphalte, de poussière et de néons entre Chicago et Santa Monica. Une route qui a vu défiler les réfugiés du Dust Bowl, les beatniks, les GI’s en permission, les familles en station wagon et les motards en Harley. Ce n’est pas seulement une route. C’est la colonne vertébrale de l’Amérique.

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Par la rédaction de Deco-Americaine.com  

route 66 street sign on historic route 66 in the mojave desert

De Chicago, Illinois, à Santa Monica, Californie

Il existe, en Amérique, une route qui n’est plus vraiment une route. Déclassée en 1985, rayée des cartes officielles, contournée par des autoroutes à huit voies, elle aurait dû disparaître comme tant d’autres artères de l’ancien réseau américain. Elle ne l’a pas fait. Elle existe encore — dans les atlas, dans les mémoires, dans les chansons, dans les pellicules de cinéma, dans les enseignes rouillées à moitié effacées de leurs diners abandonnés. Elle existe parce que personne n’a eu le cœur de vraiment la laisser mourir. Elle s’appelle US Route 66, et elle est peut-être la route la plus aimée du monde.

John Steinbeck lui avait donné un nom en 1939, dans Les Raisins de la colère, et ce nom a tout dit : la « Mother Road ». La route mère. Celle qui porte ses enfants quand ils n’ont plus rien, qui les emmène vers l’ouest quand l’est n’offre plus rien. Les familles Joad de Steinbeck y étaient réelles, métaphoriques — des milliers de fermiers de l’Oklahoma et du Kansas fuyant les tempêtes de poussière du Dust Bowl dans des camions surchargés, cap sur la Californie, cap sur l’espoir.

Mais la Route 66 est aussi, et peut-être surtout, la route du plaisir. Celle des années cinquante triomphantes, de l’Amérique d’après-guerre qui se réveille, qui roule, qui mange des hamburgers dans des diners aux carreaux noirs et blancs, qui dort dans des motels en forme de tepee indiens, qui s’arrête devant des stations-service où le pompiste accourt en uniforme. Cette Amérique-là a une odeur — l’essence, le cuir chaud, le café du matin — et une couleur : le jaune du soleil sur le macadam du Nouveau-Mexique.

1926la naissance d’une idée simple

Tout commence par un problème pratique. En 1915, traverser les États-Unis en voiture, dans de bonnes conditions, est quasiment impossible. Les routes sont des chemins de terre, de gravier, de boue selon les saisons. Les voitures s’enlisent, les voyageurs bivouaquent. L’Amérique est immense et ses deux rives ne se connaissent pas vraiment.

Le 11 novembre 1926, le gouvernement américain inaugure officiellement la Route 66 — un itinéraire continu reliant Chicago, dans l’Illinois, à Los Angeles, en Californie, en traversant le Missouri, le Kansas, l’Oklahoma, le Texas, le Nouveau-Mexique et l’Arizona. Pour la première fois, il est possible de rouler d’est en ouest sur une voie balisée, à peu près praticable. En 1938, la Route 66 devient la première route américaine entièrement goudronnée. L’Amérique peut enfin se déplacer librement sur tout son territoire.

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★ Carte Officielle · Historic US Route 66

carte officielle historic us route 66

Le Dust Bowl et les réfugiésquand la route était une bouée de sauvetage

Dans les années trente, la Route 66 n’est pas encore la route du plaisir. Elle est la route de la survie. Les États du Midwest — Oklahoma, Kansas, Arkansas, Texas — sont frappés par le Dust Bowl : d’immenses tempêtes de poussière ravagent les terres agricoles, rendant les récoltes impossibles pendant des années. Des centaines de milliers de familles sont ruinées, expulsées de leurs terres, affamées.

Ils chargent leurs biens dans des camions déglingués et partent vers l’ouest — vers la Californie, vers les champs de coton et de fruits qu’on dit si abondants. La Route 66 est leur seul chemin. Steinbeck les appelle les Okies. Ils s’appellent eux-mêmes simplement des Américains qui n’ont plus rien. On dit que Steinbeck voyagea parmi eux, incognito, pour écrire son roman. La route qu’il décrit, ses dîners misérables, ses stations-service cupides et ses quelques âmes généreuses, c’était la vraie Route 66 de 1938.

« 66, c’est la route des réfugiés, la route de la fuite, de la terre qui se rétrécit, la route des gens en mouvement. » — John Steinbeck, Les Raisins de la Colère, 1939

Les années 50 l’âge d’or du road trip américain

Après la guerre, l’Amérique change de visage. Les soldats rentrent, ils ont de l’argent en poche, ils veulent vivre. Les banlieues poussent, les voitures se multiplient, et sur la Route 66, les commerces fleurissent comme jamais. Des motels aux architectures folles — en forme de tepees indiens à Holbrook, Arizona, ou de tipis géants au Wigwam Village — rivalisent d’inventivité pour arrêter les voyageurs.

Les diners, les stations-service aux pompistes en uniforme, les magasins de curiosités indiennes, les zoos improvisés en bord de route — tout ce bric-à-brac merveilleux crée une expérience de voyage unique au monde. Le marketing routier américain invente de nouvelles formes : Meramec Caverns, dans le Missouri, fait peindre son slogan « Jesse James Hideout » sur plus de deux mille granges le long de la route. Big Texan, à Amarillo, annonce à des kilomètres à la ronde son steak de 72 onces gratuit pour qui le finit en une heure.

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Les villes fantômesce que l’Interstate a tué

En 1956, le président Eisenhower signe le Federal Aid Highway Act. Naît l’Interstate Highway System — un réseau d’autoroutes modernes, rapides, directes, qui contournent systématiquement les petites villes de la Route 66. Pour chaque ville évitée, c’est la mort lente assurée. Les voyageurs ne s’arrêtent plus. Les stations-service ferment. Les dîners baissent le rideau. Les motels ne rouvrent pas au printemps.

Ces villes abandonnées — les ghost towns — comptent aujourd’hui parmi les lieux les plus poignants et les plus visités de la Mother Road. Elles sont des musées à ciel ouvert, des capsules temporelles figées dans les années soixante ou soixante-dix, au moment précis où la route les a oubliées.

Glenrio – Texas / Nouveau-Mexique

À cheval sur la frontière entre deux États, Glenrio comptait des milliers de voyageurs par jour. L’I-40 l’a bypassée en 1975. Aujourd’hui : 17 bâtiments abandonnés, une ancienne station Texaco Art Moderne, classée monument historique depuis 2007.

Two Guns – Arizona

Ancienne boomtown avec station-service, trading post et un zoo abritant des lions des montagnes. Abandonnée dès les années 70. Les ruines hantées au bord du Canyon Diablo attirent encore les amateurs de légendes et de phénomènes paranormaux.

Amboy – Californie — Désert du Mojave

La ville entière a été vendue à un particulier en 2005 pour 425 000 dollars. Seul Roy’s Motel & Cafe reste ouvert, son enseigne néon clignotant dans le désert comme un fantôme fidèle de l’âge d’or.

Oatman – Arizona — Black Mountains

Accessible uniquement par le tronçon fermé de l’Oatman Highway. Clark Gable et Carole Lombard y passèrent leur nuit de noces en 1939. Des ânes sauvages — descendants des bêtes de somme des mineurs — errent encore dans ses rues.

Cuervo – Nouveau-Mexique

L’I-40 a littéralement coupé la ville en deux. Maisons, deux églises, deux écoles, une station-service — tout gît dans divers états de délabrement. Une photographie en couleur ressemble à une photographie en noir et blanc.

Depew – Oklahoma

Fondée en 1901 grâce au pétrole, sauvée un temps par la Route 66 qui en était la première route goudronnée. Aujourd’hui demi-fantôme : quelques centaines de résidents parmi les façades abandonnées de la Main Street historique.

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1985 — Aujourd’huila résurrection permanente

Le 27 juin 1985, la Route 66 est officiellement retirée du réseau routier américain. Plus de panneaux, plus de numéro officiel, plus d’entretien fédéral. La presse titre que la Mother Road est morte. Elle avait tort.

Dès la fin des années quatre-vingt, des associations se forment dans chaque État traversé pour préserver, signaler, restaurer les tronçons encore praticables. Des panneaux « Historic Route 66 » sont replantés. Des tronçons sont classés au Registre national des lieux historiques. En 2006, le film d’animation Cars de Pixar — dont le titre de travail était précisément « Route 66 » — propulse la route dans l’imaginaire d’une nouvelle génération mondiale. En 2026, pour son centenaire, le Service postal américain lui consacre une série de huit timbres commémoratifs.

Aujourd’hui, plus de 85% du tracé original reste praticable, avec une cartographie minutieuse. Des voyageurs du monde entier — français, japonais, australiens, brésiliens — viennent faire ce pèlerinage laïque, rouler sur ces kilomètres de bitume à deux voies, s’arrêter dans les diners survivants, dormir dans les motels restaurés avec amour, et photographier les enseignes rouillées de ceux qui ne l’ont pas été. Le World Monuments Fund a même classé la Route 66 parmi les cent édifices historiques les plus menacés de la planète — ce qui signifie que ce qui reste mérite d’être sauvé.

Ramener la Route 66 chez vous

Une plaque émaillée Route 66, une enseigne de station-service d’époque, une horloge de dîner ou un panneau de motel vintage — ce sont des fragments de cette route légendaire que vous pouvez intégrer à votre espace. Une façon de garder vivant l’esprit de la Mother Road, à des milliers de kilomètres de Santa Monica.

Chez Deco-Americaine, nous sélectionnons pour vous les pièces les plus authentiques de la Route 66 et de l’Americana des années cinquante.

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